Rapport annuel 2016/17 : un monde de plus en plus divisé et dangereux

Les dirigeants du monde entier ont multiplié les discours de haine et de peur favorisant le repli identitaire, développant une rhétorique du « nous contre eux ». Des discours qui menacent directement les droits et libertés de milliers de personnes. Rétrospective, à l'occasion de la publication de notre rapport annuel.
Si Donald Trump est emblématique d’une tendance mondiale à défendre des politiques toujours plus clivantes, d'autres dirigeants politiques ne l’ont pas attendu pour assumer des discours fondés sur la peur, l'accusation et la division et remporter le pouvoir.
Les droits humains sont de plus en plus menacés et remise en cause par la multiplication de ces discours. En 2016, des gouvernements ont fermé les yeux sur des crimes de guerre, conclu des accords qui affaiblissent le droit d'asile, adopté des lois qui bafouent la liberté d'expression, incité au meurtre de personnes simplement accusées de consommer des stupéfiants, justifié la torture et la surveillance de masse, et élargi des pouvoirs de police déjà draconiens. Accéder au rapport.

Internet et droits humains

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Le 16 novembre 2010, à la médiathèque d'Orléans les groupes Amnesty International France (Orléans),  et France Tibet ont organisé une conférence sur le la relation entre internet et les droits humains.

Trois orateurs avaient été conviés :
     * Lucie Morillon (Reporters Sans Frontières, RSF).
     * Thierry Philipponat (Bureau exécutif d’Amnesty International France).
     * Michel Tran Duc (Parti Viet Tan, Parti pour la réforme du Vietnam)
 
 
 
 
I - ¨Présentation de Lucie Morillon (http://fr.rsf.org/)
L’association RSF a été fondée en 1985 et aujourd’hui Internet constitue une réelle opportunité pour se faire entendre, notamment pour les dissidents de certains pays. Les alertes diffusées mondialement et les informations communiquées par les réseaux sociaux permettent à l’opinion internationale d’être informée et que des pressions puissent s’exercer pour dénoncer des situations mettant en cause les droits humains (Arabie Saoudite, Azerbaïdjan, Birmanie…).
 
Ce qui n’empêche pas que la censure s’applique (60 pays touchés en 2009), que des sites soient bloqués voire que certains États aient totalement repris en main le Web. Car il n’y a pas que les droits humains qui sont concernés mais aussi l’économie associée à Internet. Une autre pratique de certains États s’exprime dans les arrestations ou la surveillance des dissidents : c’est le cas en Iran. Fac à ces situations, RSF dénonce la censure et s’efforce d’aider les « net citoyens », dont, en cette fin 2010, 113 sont en prison, dont 74 en Chine, 16 au Vietnam et 9 en Iran. L’augmentation du nombre de blogueurs emprisonnés est inquiétante.
 
Les démocraties occidentales n’échappent pas au problème, notamment dans leur lutte contre la pédophilie. Sur ce point, il faut des méthodes de lutte adaptées et pas un fichage général des individus. En Finlande, l’accès à Internet fait partie des droits fondamentaux.
 
Référence : Web 2.0 Versus Control 2.0.
 
II – Présentation de Thierry Philipponat (www.amnesty.fr)
Il rappelle d’abord l’exemple du conflit de Google avec la Chine. Début 2010, Google prend le risque de ne plus être autorisé en Chine. Après environ 6 mois de discussion, il est obligé de s’incliner en juillet 2010 face au gouvernement chinois, afin de ne pas perdre ses parts de marché. Le site Google Chine sera ainsi censuré, mais proposera un lien vers le site de Hong Kong, lui-même non censuré. La licence est donc renouvelée eu juillet, avec les contraintes dont nous venons de parler. Rien ne dit que les internautes chinois ne seront pas eux-mêmes surveillés. Bref un marché de dupes. Un an après environ, Google relance le conflit en dénonçant le piratage de comptes gmail, suscitant des menaces à peine voilées des autorités chinoises.
Internet est un formidable outil de liberté d’expression, mais qui risque dans certains pays d’être limité à des Internet nationaux. Amnesty International travaille avec des entreprises de technologie impliquées dans le sujet Internet (Google, Yahoo, Microsoft) et milite pour que l’on arrête de censurer les moteurs de recherche, alors qu’une structure comme Yahoo semble avoir collaboré avec les autorités chinoises pour dépister les « net citoyens ». Le mouvement mène des campagnes auprès de l’opinion publique internationale pour faire libérer des internautes emprisonnés.
 
Le fait que Google soit dans la place chinois ne peut être limité pas à jouer un rôle de « cheval de Troie », c’est aussi un outil économique pour les chinois de l’intérieur et ceux qui sont à l’étranger. Dans les régimes dictatoriaux, le progrès économique est aussi essentiel. Pour eux, il s’agit de censurer sans empêcher le développement économique. Les entreprises elles aussi sont sensibles à leur image, à leur réputation. Elles peuvent même adhérer à un protocole de respects des droits humains.
 
III – Présentation de Michel Tran Duc (http://viettan.org)
 
Le Viet Tan est un parti politique qui lutte pour la démocratie au Vietnam, en utilisant des moyens non violents. Selon un reportage de CNN, le nombre d’internautes est passé de 1 à 28% de la population. Ce développement est allé de pair avec une accentuation de la répression par les autorités, en utilisant divers moyens :
  • censure d’Internet : Amnesty, RSF, Viet Tan, Facebook…, blocage des sites d’opposition, surveillance des cybercafés… ;
  • arrestation de blogueurs (exemple Dieu Cay en avril 2008) ;
  • cyber-attaques : exportation de la censure à l’extérieur, vols de login et de mots de passe,
  • messages piégé, attaques par DDOS (déni de services) en inondant de requêtes le site attaqué…
Il y a présomption de liens directs entre Pékin et Hanoï sur ces sujets. Viet Tan poursuit son effort vers plus de liberté au Vietnam, au travers de son blog et d’actions diverses :
  • pression sur les autorités vietnamiennes ;
  • soutien aux internautes qui manquent de compétence informatiques : moyens de contournement des pare-feux (partenariat avec la société Sesame), formations à la sécurité informatique en partenariat avec Front Line, tutoriaux vidéos, alertes sur les messages piégés… ;
  • sensibilisation de la société : séminaires sur activisme numérique.
 
Le résultat est qu’au Vietnam, Viet Tan est classée « terroriste ».
Références : Liberté sur Internet.
Le compte-rendu de Viet Tan sur la soirée du forum.
 
IV – Débat
Divers points ont soulevé des questions :
  • autorisation de manifestation au Viet Nam : les manifestations ne sont pas autorisées et il importe de les déclencher à l’improviste et de les faire de courte durée ;
  • lutte contre les cyber-attaques : autant la participation aux ONG est ouverte à tous (chacun peut agir là où il est), autant la lutte contre les cyber-attaques relève d’un travail de spécialiste ;
  • mobilisation des entreprises : elles sont toutes sensibles à leur image et également soucieuses de développement économique. Effectivement la combinaison de ces deux préoccupations est une approche possible.
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